Critique littéraire # 1 - Sabrina Philippe: Tu verras, les âmes se retrouvent toujours quelque part, 2017, Éditions Points.

Vendu comme lecture de bien-être en librairie, ce jugement me semble injuste pour un livre d’une telle force. L’écriture est si fluide qu’on ne peut presque pas s’arrêter de lire. Avec aisance, l’autrice développe des conversations authentiques qui laissent grandir une atmosphère de sincérité, sans que le récit devienne prévisible.

L’histoire suit une femme née en Pologne, ayant grandi dans un internat catholique en France durant la Seconde Guerre mondiale. Elle n’a jamais connu son père et a perdu sa mère et d’autres proches à cause des nazis. C’est une histoire rarement racontée: celle des enfants juifs dont on avait gommé les origines; celle des juifs qui se sont réfugiés sous le voile du christianisme pour survivre, non par conviction. Ces orphelins de guerre n’avaient personne pour les introduire aux traditions juives et vivaient dans le déni de leur ascendance.


Mais ce contexte historique ne sert que de toile de fond pour une histoire d’amour bouleversante. On suit cette femme à travers le Paris d’après guerre, où elle s’est battue contre vents et marées et se forge son propre chemin jusqu’au jour où elle rencontre un homme qui fait basculer son monde. À travers cette passion, l'autrice explore des questions profondes : Qu'est-ce que l'amour ? Et que devient-il aux enfants privés d’amour ou coupés de leurs racines ?


Il ne s’agit pas d’une lecture de bien-être, mais d’une contemplation poétique sur un sujet passée sous silence dans l’histoire européenne. Car les survivants de la guerre, certes juifs de sang, ne vivaient pas pour oublier. Ils avaient oublié. Et ils continuent à survivre souvent perdus dans les tourments de leur propre coeur.

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